
Le Syndicat Mixte Lot Dourdou, le Syndicat Mixte Aveyron Amont et le Comité Départemental de Spéléologie de l’Aveyron ont récemment injecté un traçeur fluorescent sur le Causse Comtal.
Qu’est-ce que la fluorescéine ?
La fluorescéine est un colorant fluorescent couramment utilisé en hydrogéologie, une discipline scientifique dédiée à l’étude des eaux souterraines. Inoffensive pour l’homme, la faune et l’environnement, cette substance se dissout facilement dans l’eau et reste détectable même à très faible concentration. Ces propriétés en font un outil idéal pour identifier des fuites dans les circuits hydrauliques ou pour retracer les chemins empruntés par les eaux souterraines.
En hydrogéologie, son utilisation permet de relier un point d’infiltration (comme une perte karstique) à une ou plusieurs sources.
La formation du Causse Comtal
Situé au nord de Rodez, le Causse Comtal s’étend sur environ 85 km². Ce plateau calcaire, typique des paysages karstiques, s’est formé il y a des millions d’années. Le calcaire, roche sédimentaire composée de micro-organismes fossiles, s’est accumulé entre -200 et -145 millions d’années, lorsque l’Aveyron était recouvert par une mer jurassique peu profonde. Plus tard, les mouvements tectoniques liés à la formation des Alpes et des Pyrénées (-90 à -65 millions d’années) ont soulevé ces couches calcaires, les portant jusqu’à 650 mètres d’altitude pour le Causse Comtal.
Un réseau souterrain unique : le karst
Sur le Causse, les rivières visibles sont rares. En effet, l’eau s’infiltre dans la roche calcaire plutôt que de s’écouler en surface. Composée de carbonate de calcium, cette roche se dissout progressivement sous l’effet de l’eau, profitant d’un réseau de failles et de fissures et créant des galeries souterraines. Ce phénomène, appelé karstification, façonne un système hydraulique complexe et invisible en surface.
La vulnérabilité des eaux karstiques
Lors des pluies, les eaux tombant sur le Causse s’engouffrent directement dans les pertes karstiques, sans filtration par le sol. Elles réapparaissent ensuite, après quelques jours ou plusieurs mois, au niveau des sources en bordure du plateau. En cas de pollution, cette absence de filtration rend les eaux souterraines particulièrement vulnérables. Sans connaissance précise des chemins empruntés par l’eau, il est difficile d’évaluer la durée d’une pollution ou les cours d’eau concernés.
D’où l’importance d’améliorer la compréhension des écoulements souterrains pour mieux protéger ce milieu fragile.
L’opération de traçage d’avril 2026
Dans le cadre de leurs missions de préservation des cours d’eau, les syndicats de gestion des bassins versants (Aveyron Amont et Lot-Dourdou) et le Comité Départemental de Spéléologie ont mené une opération de traçage. L’objectif ? Identifier les exutoires de la perte du Cambour, située à Sébazac.
Pour ce faire, les exutoires potentiels ont été équipés de dispositifs de mesure :
- Fluorimètres : capteurs mesurant en continu la fluorescence de l’eau, directement liée à la concentration en fluorescéine.
- Préleveurs automatiques : appareils collectant 24 échantillons (un par jour), analysés ensuite en laboratoire pour doser la fluorescéine.
- Fluocapteurs : dispositifs à charbon actif captant les particules en solution, relevés tous les 2 à 3 jours et analysés pour détecter d’éventuelles traces de fluorescéine.
À l’issue de cette étude, un rapport scientifique sera produit et intégré à la base de données des traçages réalisés sur le territoire.